Une très brève histoire des métiers du web et de la PAO (publication assistée par ordinateur)

Rigueur. Et passion !

Ne dites pas à ma mère que je suis artisan en architecture de l'information appliquée aux sites web : elle croit que je suis webdesigner, intégrateur HTML & CSS, rédacteur web, formateur NTIC et consultant en webmarketing depuis 2001 ! Voulez-vous en savoir plus ?

Le blog de l'intégrateur web

Une très brève histoire des métiers du web et de la PAO (publication assistée par ordinateur)

Lorsque j’ai publié mon dernier billet sur le design dans le navigateur avec HTML5 et CSS3, je m’attendais à des commentaires sur mon interprétation du rôle et de l’utilisation des nouvelles balises HTML5 pour structurer les contenus telles que header, hgroup, section, aside, nav, article ou footer. A la place, j’ai vu apparaitre une discussion plutôt orientée « graphistes vs. intégrateurs » web au sens large, qui m’a donné envie de faire un retour en arrière sur mon expérience des métiers de la chaine graphique et des métiers du web.

Attention : un peu d’humour et de second degré se sont glissé dans ce billet, merci pour votre compréhension ;)

Mon parcours professionnel m’a amené à côtoyer et à exercer plusieurs métiers de la chaine graphique : exé PAO, infographiste, scannériste-retoucheur, chef de studio, flasheur et j’en oublie certainement. Côté web, j’ai commencé à « faire » des sites web à une époque où le métier de webmaster était plutôt bien vu. Je suis devenu intégrateur web, puis webdesigner en attendant de faire mon chef de projet là où l’on voudra bien de moi ;)

En 1990, lorsque j’ai commencé à me former en PAO, la plupart des professionnels ont vu d’un mauvais oeil l’arrivée de l’informatique dans leurs métiers.

Jusqu’en 1993, j’ai eu l’occasion de travailler avec des Directeurs artistiques qui dessinaient leur maquettes, collaient les photos et titraient avec des lettrasets. Le travail de l’exé PAO consistait à rendre cette maquette fonctionnelle à l’aide des logiciels Quark XPress, Photoshop ou Illustrator. Il fallait également assurer la préparation pour l’impression : formats d’images, colorimétrie, débords, défonce, etc. Toutes ces choses un peu techniques que le DA ignorait le plus souvent et que l’on regroupait sous le vocable « pré-pressse ».

Quelques années plus tard (1997), la majorité des DA travaillaient directement dans Photoshop ou Illustrator mais les questions techniques autour du pré-presse n’étaient toujours pas digérées.

A partir des années 2000 les exés sont devenus (ou ont été remplacés par) des infographistes. Il fallait non seulement savoir faire l’exé et assurer la partie pré-presse, mais être également capable d’intervenir sur la partie création en adaptant la charte graphique mise en place dans les grandes lignes par le DA.

De nombreux infographistes ont peu à peu goûté à la créa et ont été à même — non pas de proposer des pistes graphiques, qui restait globalement le coeur de métier des DA — mais de travailler directement dans XPress ou InDesign pour « faire » une affiche, mettre en page un magazine ou proposer un logo. Le rôle du DA (quand il y en avait un) était plutôt axé relation-client (boire un coup avec les donneurs d’ordre) et benchmarking (lecture de la presse spécialisée devant la machine à café) ^__^v

Cette brève histoire de la PAO montre bien qu’il y a eu factorisation des métiers de la chaine graphique. Bien sûr le simple exé existe toujours, mais pour être embauché il doit en savoir bien plus qu’aux débuts héroïques.

Il se passe la même histoire avec les métiers du web.  Au début, le métier de webmaster consistait grosso modo à intégrer les contenus envoyés par les clients (les back-office coûtaient cher et les CMS n’existaient pas encore), à ajouter de nouvelles pages, à maintenir et optimiser le site pour continuer à satisfaire les visiteurs toujours plus nombreux.

Une partie des webmasters se sont spécialisés dans les langages HTML, CSS et Javascript et son devenus des intégrateurs web ou des développeurs front-end. Ceux qui avaient une sensibilité artistique sont devenus des webdesigners.

Parallèlement à cela, une grande partie des graphistes traditionnels ont de plus en plus travaillé pour le web en fournissant des fichiers .psd à découper. Certains ont finit par ne faire que du webdesign et sont de fait devenus des… webdesigners sans toutefois posséder la culture technique des anciens webmasters. Comme les DA évoqués plus haut qui ignoraient tout ou presque des contraintes pré-presse.

Vous me voyez venir : la factorisation qui a eu lieu dans les métiers de la chaine graphique n’a aucune raison d’être épargnée aux métiers du web. Elle est même plus féroce dans la mesure où l’intégrateur HTML et CSS doit de plus en plus devenir un développeur web front-end en ajoutant Javascript à son arc. Voire même maitriser un langage côté serveur comme PHP ou faire de l’administration serveur en jonglant avec plusieurs kernels à la fois ! Parti de webmaster, le travailleur du web tend à redevenir un homme ou une femme à tout faire.

Quant aux webdesigners « graphistes », une partie d’entre eux semble regretter le temps où le format A4 était roi et n’obligeait pas le lecteur à faire défiler la page ;) Tiens, ça me rappelle Deux mots sur le graphisme, le design et l’ergonomie des sites web que j’ai écris il n’y a pas si longtemps.

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12 commentaires pour “Une très brève histoire des métiers du web et de la PAO (publication assistée par ordinateur)”

  1. truffo dit :

    Très intéressants et très instructifs, je ne connaissais même pas l’existence des lettrasets.

    Connaitre l’histoire du Web, et celle du Webdesign en particulier explique beaucoup de choses.

    Par contre, j’ai une lecture un peu différente de ce que tu appelle la factorisation. Au contraire, je dirais qu’il y a un éclatement des métiers (spécialistes javascript, spécialistes Flash, intégrateur HTML / CSS, templateur, rédacteur, référenceur, spécialiste accessibilité, développeur métier, architecte, webmasters, analyste, consultant, chef de projet fonctionnel, chef de projet technique, testeur, … ). Je t’accorde que chacun dispose de plusieurs casquettes mais pas toutes comme au début du Web.

    Par contre, il y a un phénomène intéressant qui va dans ton sens et qu’il me parait utile de mentionné.

    Du point de vue du développeur, travailler sur des problématiques front n’est pas considéré à sa juste valeur que ce soit en terme de reconnaissance ou de salaire. C’est beaucoup plus nobles de travailler coté serveur (ce n’est pas mon avis mais bon c’est une réalité ). Le marché de l’emploi étant en crise (très peu de développeur formé par rapport aux besoins du marché), il est normal que la grande majorité des développeurs se tournent vers les métiers où ils trouvent de la reconnaissance.

    Si l’on ajoute le nombre impressionnant de graphiste / web-designer disponible sur le marché, et sachant qu’il n’y a pas de la place pour tout le monde, il n’est pas anormal de leur demander d’élargir leur domaine de compétences.

    Tout est une question de curseur. Je suis sûr que si le nombre de créatif vient à diminuer et le nombre de développeur augmenter, les créatifs délaisseront les couches d’intégrations et le javascript.

    • jpvincent dit :

      il est clair que le métier de développeur Web aujourd’hui demande à être multi-spécialiste : on demande à t’y connaître en intégration, graphisme, ergonomie, SEO, développement JS et PHP, administration, base de données, tout en étant un type sympa prêt à écouter son client interne et à lui réparer son PC quand il va mal :) mais sans offrir le salaire qui va avec bien sur : pas plus de 40K€ pour un senior

      fort logiquement dans les grosses boîtes, ça débouche sur autant de métiers différents, heureusement un peu mieux payés, car il y a en général au moins un décisionnaire qui sait que ces métiers sont devenus complexes et donc que ça se paye

      donc pour rejoindre vos commentaires, je pense que le champs s’est vastement élargi, et que les boites réagissent en fonction de leurs moyens, vers la spécialisation ou la factorisation

    • Francis dit :

      En front, il y tellement de rôles possibles qu’on s’y perd facilement et que forcément, tout le monde est plus ou moins multi casquettes. Mais d’un autre coté, je trouve que c’est ce qui fait que ce job est passionnant. Perso, des domaines comme l’ergo, le design ou encore les CSS me passionnent en ce moment au premier degré, mais il y a eu desmoments où c’était plutôt le SEO ou autre chose.

      Forcément, on ne sera pas excellent dans tous les domaines mais au moins on les comprends et on peut les pratiquer sur des petits projets. Se cantonner à un domaine exclusivement est pour moi inconcevable et mène directement à certains discours stériles qu’on a vu dans ton précédent billet…

  2. Bruno Bichet dit :

    Truffo — je fais un raccourcis un peu rapide quand je parle de factorisation. Je parle ici de ce que je peux lire dans les petites annonces : les entreprises cherchent souvent le mouton à cinq pattes. Sinon, je suis d’accord sur le fait que les métiers du web tendent vers un spécialisation plus poussée qu’avant. Mais les deux ne sont pas contradictoires. C’est même souvent un problème en entretien quand il faut dire : « oui, je maitrise l’intégration, je peux intervenir dans un « contexte » dynamique (php, javascript) mais non, je ne suis pas développeur ^^

    J’ai un profil qui était atypique il y a quelques années : à fond dans intégration web et à fond aussi sur photoshop & illustrator avec l’oeil rivé sur les performance et l’accessibilité. Aujourd’hui, les formations sont de plus en plus solides et il y a de plus en plus de gens formés et motivés ;)

  3. truffo dit :

    Oui, j’avais bien compris. Pour les petites annonces, j’ai fait l’expérience d’une recherche d’emploi qui a été très instructive (je ferais un billet dessus dans les semaines qui viennent).

    Entre les pré-requis demandé sur les annonces et le test, il y a un monde. Il y a une méconnaissance de la part des entreprises du monde universitaire assez terrible. Les questions posées était d’un niveau bac +1 (j’ai cherché dans les sujets de partiels de l’époque) et en même temps ils exigent un Bac + 5.

  4. Intéressant ta théorie de l’évolution de l’homo-webus… ça mériterait une belle infographie !

  5. ctito17 dit :

    Merci Bruno pour cette petite histoire. Nous avons quasiment le même cursus et ton analyse me semble correcte. Néanmoins je retiendrais tout de même une chose que mon tuteur à l’époque (je le détestais ce type mais bon ) : « Mieux vaut être très bon dans un domaine que moyen dans plusieurs »

    A méditer… ou pas ;)

  6. Marc dit :

    Pour moi c’est comme les autres métiers : faut tout maîtriser, être bon dans toutes les branches et savoir déléguer. Comme on a tous le même temps dans la journée, c’est une question d’organisation et de priorités. Moi je consacre pas mal de temps à la formation et je fais faire ce qui me prend trop de temps, mais en gardant un oeil !

  7. briegel dit :

    Bien vu, pour la factorisation, et pour le coup, ça me semble logique. Dans mon cursus, j’ai été amené à apprendre une liste de logiciels PAO, DAO, bureautiques et même 3D plus longue que le bras. Avec le recul, tout ces logiciels ne sont que des outils, la vraie compétence, selon moi, c’est de savoir les mettre intelligemment au service d’un projet, donc de connaître les tenants et les aboutissants du projet, ses contraintes techniques aussi.

  8. Titou dit :

    Excellent article. A 34 ans, maintenant, je me retrouve très bien dans ton parcours car moi aussi je suis passé par toutes ces étapes.

  9. baloutchi dit :

    il est évident que le domaine de l’informatique et surtout le web et tout ce qui va avec évolue très rapidement, et les premiers pionniers du domaine ont certainement vécu cette évolution et des expériences que les nouveaux ne connaissent pas .. je pense qu’il ya encore des évolutions que les web-designer doivent encore savoir s’adapter ..

  10. Oh ! Un vieux con. Comme moi. Qui raconte ses campagnes. Comme moi.

    J’en avais parlé dans mon histoire du Web dans le paragraphe « Du chaud au froid ».

    Cette histoire je la connais bien (voir le paragraphe Les larmes d’un crocodile.

    Et elle ne nous rajeunis pas.

    Bien à toi, Bruno. Philippe



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